Fin de matinée, la salle de stérilisation déborde. Les bacs de trempage attendent près de l'évier, l’autoclave vient de finir son cycle, et pour gagner de la place, quelqu’un pose les sachets stériles sur le plan, juste à côté de la cuve à ultrasons. Rien de grave en apparence. Pourtant, à cet instant, le circuit est revenu en arrière : ce qui vient d'être stérilisé côtoie ce qui ne l’est pas encore.
Ce premier article d’une série sur l’hygiène et la stérilisation au cabinet pose le principe qui organise tous les autres : la marche en avant.
De quoi parle-t-on ?
La marche en avant, c’est une règle simple : le matériel avance toujours du plus sale vers le plus propre, sans jamais revenir en arrière ni croiser ce qui a déjà été traité.
Au cabinet dentaire, elle s’applique au circuit des dispositifs réutilisables, de la salle de soins jusqu’au stockage. Elle ne repose pas sur la bonne volonté de chacun. Elle repose d’abord sur l’organisation de la pièce et sur la place de chaque équipement.
Ce que disent les textes
La référence reste le guide de prévention des infections liées aux soins en chirurgie dentaire et en stomatologie (nouvel onglet) du ministère de la Santé (2006). La grille technique d'évaluation des cabinets dentaires publiée par la Direction générale de la santé en 2011 en tire trois attentes concrètes :
- Une pièce dédiée. Toutes les étapes de la stérilisation se déroulent dans une pièce spécifiquement aménagée, séparée des autres zones techniques. Ni la salle de soins, ni le local du compresseur, ni la salle de pause.
- Un sale et un propre qui ne se croisent pas. La grille le résume ainsi : « le matériel sale ne croise pas le matériel stérile ». Une partie sale pour le nettoyage, une partie propre pour le contrôle, l’emballage, la stérilisation et le stockage.
- Un stockage en bout de chaîne, ou dans des emplacements dédiés à proximité des salles de soins.
Trois zones, et les équipements qui vont avec
Une salle de stérilisation bien organisée se lit dans un seul sens. Chaque équipement a sa place parce qu’il correspond à une étape.
| Zone | Ce qui s’y passe | Équipements |
|---|---|---|
| Zone sale et humide (entrée) | Arrivée des bacs de pré-désinfection, rinçage, nettoyage | Plan de dépose, bacs de rinçage, cuve à ultrasons, laveur-désinfecteur |
| Zone propre et sèche | Contrôle, conditionnement, stérilisation | Loupe éclairée, plan de conditionnement, thermosoudeuse, autoclave |
| Zone de stockage (sortie) | Libération de la charge, traçabilité, rangement | Ticket ou ordinateur relié à l’autoclave, étiquettes, armoire ou tiroirs fermés |
Deux conséquences pratiques :
- L’ordre des équipements suit l’ordre des étapes. Un autoclave installé avant la cuve à ultrasons dans le sens de circulation oblige forcément à revenir en arrière.
- Le point d’eau sert la zone sale. C’est là qu’on rince, qu’on vide les bacs, qu’on nettoie. Le propre doit rester au sec et à distance des éclaboussures.
Quand la pièce est petite
Beaucoup de cabinets n’ont ni la place ni le budget pour deux plans de travail séparés. La marche en avant reste possible :
- Un seul plan, deux extrémités. Le sale à un bout, le propre à l’autre, et un sens de circulation qui ne revient jamais en arrière. Une limite visible aide toute l'équipe : un marquage au sol ou sur le plan, ou un petit écran anti-éclaboussures.
- La marche en avant dans le temps. Quand une même surface doit servir aux deux, on fait d’abord les tâches sales, puis on nettoie et désinfecte le plan, puis on passe aux tâches propres. Jamais l’inverse.
Les erreurs les plus fréquentes
| Situation | Pourquoi elle casse la marche en avant |
|---|---|
| Les sachets stériles rangés au-dessus ou à côté de l'évier | Ils sont exposés aux éclaboussures de la zone sale |
| Un instrument refusé au contrôle reposé sur le plan propre | Il doit repartir au début du circuit, pas attendre dans la zone propre |
| Les bacs vidés dans un évier proche du conditionnement | Le sale s’invite dans la zone propre |
| Le stock stérile laissé à découvert en salle de soins | Il est exposé aux aérosols des soins |
| Un équipement ajouté là où il restait de la place | Sa position ne correspond plus à son étape |
Avant d’acheter ou de déplacer un équipement
C’est souvent à l’achat qu’on gagne ou qu’on perd la marche en avant. Un nouvel autoclave ou un laveur-désinfecteur se pose rarement là où il devrait aller : on le met là où il y a une prise et une arrivée d’eau. Avant de signer, quatre questions :
- Dans quelle zone va-t-il ? Et sa place respecte-t-elle l’ordre des étapes ?
- De quoi a-t-il besoin ? Arrivée d’eau, évacuation, alimentation électrique, dégagement de chaleur.
- Le technicien pourra-t-il y accéder ? Un équipement coincé contre un mur se répare mal et se requalifie difficilement.
- Que devient l’ancien ? Un appareil remplacé mais gardé « au cas où » finit souvent dans la zone propre.
Faire le point en cinq questions
- La stérilisation a-t-elle sa propre pièce, séparée de la salle de soins et du local technique ?
- Pouvez-vous dessiner le trajet d’un instrument de la salle de soins au stockage sans qu’il revienne en arrière ?
- Chaque équipement est-il dans la zone de son étape ?
- Le stock stérile est-il fermé, au sec et loin des éclaboussures ?
- Toute l'équipe connaît-elle le sens du circuit, y compris les remplaçants et les nouveaux arrivants ?
Si l’une de ces questions vous fait hésiter, c’est par elle qu’il faut commencer.
Prochain article
La marche en avant commence avant la salle de stérilisation : en salle de soins, au bac de pré-désinfection. C’est le sujet du jeudi 15 octobre.

