Le patient vient de se lever du fauteuil. Sur le plateau : un miroir, une sonde, une précelle, quelques fraises. Le prochain patient attend déjà. La tentation est de tout regrouper dans un coin et de s’en occuper plus tard. C’est précisément là que la stérilisation se joue, avant même d’entrer dans la salle de stérilisation.
Après la marche en avant, voici la première étape du circuit : la pré-désinfection.
De quoi parle-t-on ?
La pré-désinfection, c’est l’immersion complète des dispositifs réutilisables dans une solution détergente et désinfectante, dès la fin du soin. Elle a cinq objectifs :
- réduire la quantité de micro-organismes dès le départ ;
- protéger la personne qui manipulera ensuite les instruments ;
- éviter de contaminer les surfaces et l’environnement ;
- empêcher les souillures de sécher ;
- faciliter le nettoyage qui suit.
Une souillure sèche s’incruste. Tout ce qui vient après devient plus long, plus difficile et moins sûr.
Ce que disent les textes
Le guide de prévention des infections liées aux soins en chirurgie dentaire et en stomatologie (nouvel onglet) (ministère de la Santé, 2006) et la grille d'évaluation des cabinets dentaires de la Direction générale de la santé (2011) posent quatre attentes :
- Une immersion immédiate, dès la fin de l’utilisation, dans un bac assez grand pour que tout soit recouvert.
- Une solution détergente et désinfectante sans aldéhydes. Les aldéhydes fixent les protéines sur les instruments au lieu de les décrocher.
- Le mode d’emploi du fabricant respecté : dilution, temps de trempage, fréquence de renouvellement du bain.
- Une procédure écrite et connue de toutes les personnes qui s’en chargent.
Le bac, l'équipement de cette étape
C’est l'équipement le plus modeste de la chaîne, et pourtant chaque détail compte.
| Élément | Ce qu’on vérifie |
|---|---|
| La taille | Les instruments et les cassettes sont entièrement immergés, sans dépasser |
| Le couvercle | Il limite les projections et les vapeurs. Un couvercle à fente permet de déposer sans ouvrir |
| Le nombre | Au moins deux bacs : un pour les petits instruments rotatifs (fraises, limes), un pour les autres |
| L’usage | Ces bacs ne servent qu'à la pré-désinfection, à rien d’autre |
| Le panier | Un panier amovible permet de sortir les instruments sans plonger les mains dans le bain |
| Le dosage | Une pompe doseuse ou un verre gradué évite les dilutions approximatives |
| Le transport | Un bac fermé pour rejoindre la zone sale de la salle de stérilisation |
Où placer le bac ? Au plus près du soin, en salle de soins, pour que l’immersion soit vraiment immédiate.
Le produit
La grille de la DGS fixe les critères d’un détergent-désinfectant de pré-désinfection, tous testés en condition de saleté :
| Critère | Référence |
|---|---|
| Marquage CE | Obligatoire |
| Activité bactéricide | NF EN 13727 et NF EN 14561 |
| Activité levuricide | NF EN 13624 et NF EN 14562 |
| Activité virucide | Pas exigée, mais si elle est revendiquée : NF EN 14476 |
| Composition | Sans aldéhydes, formulée contre la corrosion |
Une astuce simple : choisir, autant que possible, des produits qui se diluent tous au même pourcentage. C’est autant d’erreurs de préparation en moins.
Le bon geste, dans l’ordre
- Préparer le bain en suivant la notice : la bonne dose, la bonne quantité d’eau. Noter l’heure de préparation sur le bac.
- Immerger dès la fin du soin. Démonter ou ouvrir ce qui peut l'être, pour que la solution atteigne toutes les surfaces.
- Respecter le temps de trempage indiqué par le fabricant, ni moins ni beaucoup plus.
- Transporter les instruments égouttés, dans un bac fermé, vers la zone sale de la salle de stérilisation.
- Renouveler le bain à la fréquence prévue par le fabricant, et sans attendre s’il devient trouble.
Pendant toute l'étape : gants résistants (pas des gants de soin), lunettes et masque contre les projections.
Ce qui ne va pas dans le bac
- Les dispositifs à usage unique. Ils sont jetés après emploi, jamais pré-désinfectés pour être réutilisés.
- Les turbines et les contre-angles, sauf si leur fabricant l’autorise explicitement. Ils ont leur propre protocole d’entretien, qui fera l’objet d’un article de la série.
- N’importe quel liquide. De l’eau seule empêche les souillures de sécher, mais elle ne remplit aucun des autres objectifs.
En fin de journée
Il arrive que des instruments ne puissent pas être traités avant la fermeture. Deux écueils : les laisser sécher, ou les oublier toute la nuit dans le bain, où un trempage trop long favorise la corrosion. La grille de la DGS propose une voie moins agressive : un trempage normal dans la solution, puis une nuit dans un bac d’eau faiblement minéralisée, et une reprise du circuit à la pré-désinfection le lendemain matin. Certains produits contiennent aussi des inhibiteurs de corrosion qui tolèrent un contact prolongé : la notice le précise.
Et le laveur-désinfecteur ?
Un laveur-désinfecteur combine une action mécanique, chimique et thermique. Selon la grille de la DGS, il peut dispenser du trempage si les instruments y sont pris en charge sans délai après le soin. Si ce « sans délai » ne peut pas être garanti, le bac reste la sécurité. C’est le sujet du prochain article.
Faire le point en cinq questions
- Le bac est-il en salle de soins, à portée de main dès la fin du soin ?
- Le produit est-il sans aldéhydes et conforme aux normes ci-dessus ?
- La dilution et le temps de trempage sont-ils affichés à côté du bac ?
- Sait-on quand le bain a été préparé, et quand il doit être changé ?
- Tout le monde sait-il ce qui ne va jamais dans le bac ?
Prochain article
Les instruments arrivent en zone sale. Place au nettoyage : la cuve à ultrasons et le laveur-désinfecteur. C’est le sujet du jeudi 22 octobre.


